ARTICLE : Le métier de peintre en décors

ARTICLE : Le métier de peintre en décors

A propos de la peinture
en décoration d’ intérieur

Comme ce métier est peu courant, il est rarement bien cerné, idéalisé ou confondu avec d’autres.

Ce savoir faire est pourtant très prisé par des amateurs cultivés, possédant de beaux appartements, de belles maisons, manoirs ou châteaux, et désirant les aménager pour y vivre et recevoir avec élégance, qui, en plus des corps de métiers du bâtiment, font appel aux métiers spécialisés, tels les tapissiers, doreurs, ébénistes, ou peintres en décors, pour magnifier leurs demeures.

Décor classique assorti au tissu sur des boiseries au Musée Carnavalet,
de deux tons gris et bleu, et moulures blanc cassé

Nous pouvons témoigner à travers notre expérience, qu’il ne manque pas de commandes, pourvu que le professionnel fasse de la belle ouvrage, soit fiable, sérieux et sache communiquer pour la vendre.

Il en est aussi de nombreuses venant d’amoureux des trompe l’œil, meubles et objets peints,
ceux que le décor peint charme parce qu’il élève l’âme et accompagne agréablement l’existence.

Car pour cet art comme pour tous les arts, la vue ou l’écoute d’une œuvre de qualité
ravit le cœur et met en joie ceux qui savent l’apprécier.

C’est cela notre métier, un métier d’art dans ceux du bâtiment, et s’il requiert des compétences exceptionnelles, c’est un bienfait pour chacun; celui qui le reçoit comme celui qui le maitrise.

VIDÉO : le métier de peintre en décor, par Joëlle Godefroid

VIDÉO : le métier de peintre en décor, par Joëlle Godefroid

Le métier de peintre en décors

J’ai été interviewée en vidéo par des jeunes gens curieux et généreux, qui se passionnent pour les parcours atypiques, et veulent partager pour le faire connaitre, leur rencontre avec le monde de l’art et des artisans.

Cela m’a donné l’occasion de rendre hommage aux hommes et femmes de valeur que j’ai rencontré au travers de mon métier :
la vidéo dure 10 minutes.

Même si ce métier de peintre en décor est mal connu du grand public, qui n’en a ni la culture, ni les moyens, nous pouvons néanmoins témoigner à travers notre expérience qu’il ne manque pas de commandes venant de clientèle aisée, pourvu que le peintre en décor fasse de la belle ouvrage et sache communiquer pour la vendre.

Ce sont souvent des amateurs cultivés, possédant de beaux appartements, de belles maisons, manoirs ou châteaux, et désirant les aménager pour y vivre et recevoir avec élégance, qui, en plus des corps de métiers du bâtiment, font appel aux métiers spécialisés, tels les tapissiers, doreurs, ébénistes, ou peintre en décor, pour magnifier leurs demeures.

Mais sont aussi très nombreuses de plus modestes commandes venant d’amoureux des trompe l’œil, meubles et objets peints, afin de se faire plaisir avec un décor qui élève l’âme et accompagne agréablement l’existence.

Car pour cet art comme pour tous les arts, la vue ou l’ouïe d’une œuvre de qualité ravit le cœur et met en joie ceux qui savent l’apprécier. C’est cela notre métier, un métier d’art dans ceux du bâtiment, et s’il requiert des compétences exceptionnelles, c’est un bienfait pour chacun; celui qui le reçoit comme celui qui le maitrise.

Interview : Rencontre avec Joëlle Godefroid, peintre en décors

Interview : Rencontre avec Joëlle Godefroid, peintre en décors

Joëlle Godefroid Meilleur Ouvrier de France

Décor peint en France

Le Château d’Ancy-le Franc abrite l’une des plus belles collections de peintures murales des XVIe et XVIIe siècles en France.

Ces décors peints constituent l’un des témoignages les plus importants de la peinture murale en France dans la seconde moitié du XVIe siècle et au début du XVIIe.

Une première campagne de décoration a été commandée vers 1550 par le commanditaire du château Antoine III de Clermont (1497-1579). De grands artistes Italiens de l’Ecole de Fontainebleau viendront décorer les appartements du Grand Seigneur en terre Bourguignonne. Attributions au Primatice, Nicolo dell’Abate, Ruggiero de Ruggieri…

Un décor peint sur le thème de l’Antiquité. Rarement autant de scènes antiquisantes et de grotesques italiennes ont été commandés pour une demeure privée à l’époque. Ces thèmes seront récurrents en France seulement à partir du XVIIe siècle. Une deuxième campagne de décoration commence vers 1590 à l’initiative du successeur et petit-fils Charles-Henry de Clermont-Tonnerre (1571-1640). Ces décors furent, pour un certain nombre, marqués sur le plan stylistique par les peintres appartenant à la seconde école de Fontainebleau. Attributions au Nicolas de Hoey, Philippe Quantin, André Ménassier…

D’autres décors peints se sont ajoutés à travers les siècles. Une campagne de décoration a été réalisée notamment au XIXème siècle par la famille Clermont-Tonnerre.

Meilleur Ouvrier de France : Hommage au XIXe siècle

Hommage en forme de reconnaissance à nos maîtres et à nos sources d’inspiration.

Parce que les styles et décors du 19eme siècle sont dévalorisés sans nuance, alors qu’ils présentent des merveilles d’ingéniosité et de virtuosité technique, mais aussi de fantaisie créative.

Certes, au 19eme siècle, sévit la mode de reproduction ou re-création des grands styles du passé (salle Charles X du Musée du Louvre, cathédrale de Clermont Ferrand, « grammaire des styles » d’Owen Jones).

On pourrait presque dire que le XIXe siècle est au peintre en décors ce que fut la Renaissance aux artistes et architectes, car c’est à cette époque que notre métier est devenu distinct des peintres de chevalet et que s’ouvrent les premières écoles spécialisées (ex : Ecole Van der Kelen, Bruxelles). C’est à cette époque que paraissent les « Grammaires des styles » de grands décorateurs (Percier & Fontaine, Owen Jones…. etc), livres et revues techniques spécialisés et autres illustrations très variés.

En vérité, souvent sans même le savoir, les peintres en décors d’aujourd’hui puisent leur inspiration dans les compositions, le répertoire et les techniques créés au 19eme siècle, davantage adaptés à leur type de clientèle, moins fastueuse que les princes des grands siècles.

Article de Presse : fausses moulures en trompe l’œil

Article de Presse : fausses moulures en trompe l’œil

Article du manuel général de la Peinture et de la Décoration

Janvier – Février 2008 – N°616 – Page 19

Introduction

La fausse moulure est l’imitation peinte des reliefs des moulures, par les filets secs ou dégradés, technique venue de l’antiquité. Les liants de la peinture (pigments) ont suivi les modes des différentes époques et pays ; autrefois, chaux, caséine, cire, vernis, puis huile, enfin acrylique, etc… De même les rendus, de la suggestion à l’hyperréalisme, ont suivi l’histoire de la peinture. Il existe d’innombrables dessins de profils*, combinant des parties plates, convexes ou concaves, ornées ou non. Cependant, l’étude et la connaissance des 3 ou 4 profils les plus courants donnent les bases pour en composer de plus complexes.

La qualité d’une composition de décor peint en trompe l’œil tient à :

  • l’adéquation du style, des couleurs et valeurs, au contexte- la justesse des proportions (des éléments créés)- l’équilibre des associations
  • la cohérence de l’ensemble du décor (style, couleurs entre elles, valeurs)

Connaître le modus operandi :

1. Matériel :

  • La règle : longue en bois léger, biseautée, en sapin ou noyer, très fragile.Soigner son fil afin qu’elle reste bien droite. Essuyer et nettoyer après usage.Tenir la règle à filer entre l’index et le majeur, le pouce devant et la laisser décollée du support au maximum ; appui au bout. (voir photo ci-contre)
  • Les pinceaux sont nettoyés avec soin, et rangés bien soigneusement dans une trousse spéciale pour protéger le fil délicat des pinceaux.
    • 2 brosses à filer synthétiques usé bombé.
    • 2 ou 3 brosses à adoucir en putois, langue de chat (petite à grande)
    • 1 spalter pour adoucir les moulures composées.
    • Chiffons en coton blanc propres.
  • La brosse à filer est chargée de la teinte avec soin, sans la maltraiter, pour garder le fil fin, maintenue avec légèreté du pouce et de l’index, en biais sur le fil de la règle ; poser la brosse et, en expirant, tranquillement, la tirer vers soi en la tenant avec légèreté, et surtout, sans l’appuyer. Le corps droit et les pieds bien ancrés. Le filet doit être régulier sur toute sa longueur, posé dessus ou dessous le trait, jamais «à cheval ».

2. Types de filets :

Le filet sec ou repiqué, le plus simple, pour simuler la moulure plate. Trait couvrant et régulier sur toute la longueur. fin ou épais selon la nécessité. La demi-teinte, filet d’ombre transparent, fin ou large (plat du listel).

Le filet dégradé, pour simuler les profils arrondis, dégradé d’un seul côté (baguette, quart de rond, cavet, tore), ou des 2 côtés (talon, doucine, scotie), à l’aide de la brosse à adoucir, jamais chargée, mais au contraire souvent essuyée, afin de ne pas salir.

Ces dégradés doivent être bien fondus. L’ombre portée, se met sous la moulure et figure (comme son nom l’indique) l’ombre de la moulure (portée) sur la surface en dessous. Repiqué sec, plus foncé, puis adouci non pas comme un dégradé mais de façon à prolonger l’ombre.

Exécution

1. Le tracé :

Établir le profil de la moulure grandeur nature.

  • Il faut savoir dessiner ; copier ou créer un profil de moulure**.
  • Il faut harmoniser les tailles des moulures sur l’ensemble du décor. Reporter les mesures, par des petits points à distance de règle, puis faire un trait fin et léger.

2. Les teintes sont recherchées et préparées d’avance :

La qualité de l’illusion de relief est obtenue par l’adéquation de la couleur et de la valeur des tons à celles des fausses matières sur lesquelles ils sont peints ; trop de contrastes, ou pas assez, nuisent à l’effet.

  • Glacis : Eau + retardant.
  • L’ombre repiqué : Ton toujours couvrant : Blanc titane + Terre d’Ombre Naturelle + Noir d’ivoire (ou terre de Cassel) + ton du décor sur lequel est exécuté la moulure. (ex : ton vert, sur un faux marbre vert)
  • La demi-teinte : Ton transparent : Terre d’Ombre Naturelle + Terre de Cassel (ou noir) + ton du décor.
  • L’ombre portée : Ton du repiqué plus foncé. (+ terre de Cassel)
  • La lumière : Ton couvrant: Blanc de titane + jaune ou orangé (cadmium) + ton du décor.

3. Exécuter d’abord les repiqués d’ombres :

Secs ou dégradés, et les 1/2 teintes, horizontaux, puis verticaux. Les ombres doivent absolument, par la justesse des teintes, et des valeurs, donner l’illusion du relief de la moulure choisie.Une fois les filets d’ombres terminés, exécuter les filets de lumières; jamais «à cheval» sur le trait de crayon (ce qui nuit à l’effet), mais bien juxtaposés, afin cette précision mette en valeur leur clarté.

4. La qualité de la moulure en cadre :

Elle tient à la précision des finitions aux angles ; essuyer les bords de la moulure en biais bien net, afin que la coupe d’angle soit juste. Une défaillance d’un millimètre et les filets ne se raccordent pas, ce qui nuit à l’effet de relief.

5. Il faut harmoniser et équilibrer les tons :

Respecter les valeurs adéquates sur l’ensemble du décor peint en trompe l’œil.

Connaître les conventions

Certaines conventions sont aujourd’hui acceptées.

  • La moulure est une succession d’ombre et de lumière : Ce qui est en saillie reçoit la lumière. Ce qui est en creux est dans l’ombre.L’importance des valeurs des tons rend celle du volume : plus l’ombre est foncée et allongée plus profond est le creux, et inversement pour la lumière.
  • La lumière vient du haut, de droite ou de gauche pour l’entièreté du décor. Dans une pièce, il faut tenir compte de l’arrivée de la lumière naturelle, de préférence, et changer d’un mur sur l’autre.
  • Pour la réalisation en panneautage dans un appartement (Plus la pièce est haute, plus grandes sont les proportions des moulurations ; dans un château, ces tailles ne conviendraient évidement pas): La hauteur moyenne d’un soubassement est de 80-85 cm, la largeur des champs (montants, traverses) de 9-10 cm, celle de la cimaise de 7-8 cm, et des moulures de 5-6,5 cm, la moulure de haut de plinthe de 1-1,8 cm.

Conclusion

La réalisation picturale, si elle n’est pas techniquement très compliquée, demande de la patience et du soin. La conception du projet aussi, demande du temps, pour les recherches des profils, tailles et tons adéquats. Mais, le résultat est à la mesure de l’effort ; très gratifiant. Bien sûr, la base et la fierté du peintre décorateur, comme pour tout artiste peintre, est la nécessité de connaître et maîtriser les techniques picturales, de toujours s’entraîner et chercher à s’améliorer.Cependant, la qualité picturale ne suffit pas, le métier de peintre décorateur consiste avant tout dans la conception d’un décor peint en adéquation avec la demande de sa clientèle, et avec les contraintes de l’espace. Et ceci, quelle que soit l’importance du projet.***

  • * Voir : Profils et moulures. Ed. Vial
  • ** Quelques bons exercices sur le manuel: «L’art du faux» de P Finkelstein.
  • *** Pille Godefroid. peintre en décor, enseigne à l’École d’Art Mural de Versailles.Pour en savoir plus sur le programme: http://www.ecoleartmural-versailles.com ou Tel: 33 (0)1.39.51.83.72

PODCAST : interview sur le concours MOF

PODCAST : interview sur le concours MOF

comment je suis devenue un des Meilleur Ouvrier de France

Joëlle Godefroid, peintre en décors, a passé le concours de Meilleur ouvrier de France en 2010.
Une aventure hors norme qu’elle raconte dans le PODCAST de 25 mn
du  3e épisode de la série de podcast MOF .

Peintre en décor, Joëlle Godefroid a toujours baigné dans le milieu de la peinture et de l’art. Ses parents et ses grands-parents étaient eux-mêmes décorateurs et artistes, et très compétents en peinture. La professionnelle tente une première fois les épreuves qualificatives du concours à l’âge de 40 ans. Mais elle doit renoncer à le poursuivre en raison d’une surcharge de travail.

Dans l’œuvre présentée à cet examen, la peintre en décor a voulu rendre hommage au patrimoine français du 19e siècle qui, selon elle, n’est pas reconnu à sa juste valeur. Car, ce que fut la Renaissance Italienne pour la sculpture et la peinture, le 19e siècle, l’a été pour le patrimoine français, la décoration, et notamment, les peintres en décors.

Son maître et tuteur disparaît trois jours avant les épreuves : Joëlle, alors décide de réussir ce concours d’excellence en sa mémoire, sans aide, et donc sans tuteur. Mais avec une confiance quasiment inébranlable… Elle veut rendre à ce métier ce qu’il lui a donné et montrer à son entourage qui la pousse beaucoup qu’elle sera à la hauteur de leurs espérances. Outre la maîtrise des techniques, tels que faux bois, faux marbre, vernis, trompe l’œil, Il faut de la culture pour exercer ce métier et tenter le concours car le projet artistique compte beaucoup. Cette professionnelle qui témoigne pour le 3e épisode de la série MOF dit avoir vécu une période très heureuse, en réalisant son œuvre dans son atelier, malgré la pression, les difficultés et les doutes…

ARTICLE : Le métier de peintre en décors

ARTICLE : Le métier de peintre en décors

Extrait du livre « Femmes, Meilleur Ouvrier de France »

15% des Meilleurs Ouvriers de France sont des femmes… On les retrouve dans tous les secteurs d’activité que représente le concours soit plus de 200 métiers !

L’ouvrage « Les femmes Meilleurs Ouvriers de France : Passion et excellence » rassemble les témoignages de femmes qui ont obtenu le concours y compris dans les métiers traditionnellement qualifiés de masculins tels que carreleur ou ébéniste.

La Société Nationale des Meilleurs Ouvriers de France a souhaité donner la parole aux femmes MOF pour qu’elles évoquent leur parcours. Près de 65 femmes dans 30 métiers ont répondu spontanément à l’appel. Leurs récits sont touchants parce qu’ils relatent des vies avec des hauts et des bas mais aussi des périodes d’exaltation d’une rare intensité. Le dénominateur commun de toutes ces femmes, c’est leur persévérance et leur obstination. C’est aussi leur passion et leur volonté commune de se dépasser pour atteindre l’excellence comme souligne Jean-François Girardin, président de la Société Nationale des Meilleurs Ouvriers de France.

Au-delà de l’énergie et du mental, du travail et de l’implication personnelle que nécessite le concours, ce livre témoigne que « c’est la force de caractère, l’envie de réussir et la passion qui permettent de l’obtenir » complète Jocelyne Caprile, vice-présidente, à l’initiative de ce projet. Il leur a fallu des heures de patience et de concentration, des heures de travail prises sur le temps consacré à leur vie privée et professionnelle… aucune ne le regrette !

Ce livre est un recueil passionnant de femmes passionnées, il est à mettre entre toutes les mains car c’est un message d’espoir et d’optimisme pour toutes celles et ceux qui n’osent pas se lancer.

Pour se le procurer : La Société Nationale des Meilleurs Ouvriers de France, 16 rue Saint Nicolas, 75012 Paris ou  secretariat@mof.fr

 

J’ai coutume de dire, pour présenter le métier de Peintre en Décors d’Intérieur à gros traits*, qu’il est à la peinture en bâtiment, ce que la Haute Couture est au Prêt à porter. Je veux dire par là que c’est par notre choix conceptuel et esthétique de décors peints, que nous créons un univers sur mesure qui habille les espaces intérieurs. Selon la demande, qu’elle soit d’inspiration classique, contemporaine ou totalement originale, le Peintre en Décors compose et interprète sur des surfaces peintes uniformément, vides et encore nues, comme le sont les pages blanches d’un livre à écrire.
Et en effet, la beauté d’un décor ne résulte pas seulement du savoir-faire technique, mais émane de l’âme de son compositeur.

Le peintre en décors, reconnu comme pratiquant un métier d’Art intervient cependant dans le contexte de chantier de réfection du bâtiment. Mais avec le statut privilégié d’Artiste, il y est traité à la mesure de la valeur ajoutée considérable qu’apporte sa partition à l’ensemble de l’ouvrage. Le plus souvent, et j’en exprime ici toute ma reconnaissance, le peintre en décors est accueilli avec grâce et considération. Et durant son intervention, le charme de ses peintures est admiré, félicité et respecté de tous. En vérité, Il est bien rare que son travail ne suscite pas l’intérêt et la curiosité.

Les commandes vont du modeste au démesuré, dans toutes les gammes des savoirs faire de notre art, qui sont d’une infinie variété et richesse. Posséder les connaissances techniques et historiques indispensables pour savoir concevoir et réaliser des décors peints de belle facture exige non seulement une formation initiale de qualité –càd permettant d’acquérir des bases indispensables et une bonne méthode de travail- mais encore d’étudier et de s’exercer son existence durant. Car le métier vient avec l’expérience et l’engagement ; engagement qui exige un grand investissement personnel, comme pour tous les métiers de passion.

Il existe 4 métiers différenciés de Peintre en Décors : intérieur, spectacle, façade, et évènementiel.
Chacun s’apprend dans des écoles spécialisées, car les techniques en sont extrêmement différentes. Et, pour ce qui concerne uniquement le métier de Peintre en Décors d’Intérieurs, ces techniques sont déjà d’une si grande variété qu’il est bien difficiles de les maitriser toutes.

Ce métier n’a pas de parcours type; les compétences acquises dépendent grandement du potentiel artistique initial, de la qualité et du type de la formation, puis du parcours professionnel.
. D’une part, viennent à ce métiers hommes et femmes de tous âges, de toutes classes sociales ; certains ont fait d’autres métiers -quels qu’ils soient- d’autres viennent des Beaux-Arts.
. D’autre part, les formations en écoles privées sont toutes aussi diverses, -quoique contrôlées par un cahier des charges en conformité. Chacune privilégie certaines spécialités, certaines techniques plutôt que d’autres, dans un temps imparti -quoiqu’il en soit- bien trop court pour faire le tour des connaissances techniques de notre métier.
. Par ailleurs, les entreprises où le peintre peut être salarié ou vacataire se faisant de plus en plus rares, le peintre en décors travaille généralement à son compte.

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*il est injuste de dire que toutes les entreprises de peintures n’en sont pas capables, mais elles se font plus rares.

Pour ma part, j’ai eu la chance de provenir d’un milieu familial artistique et intellectuel dans lequel toute mon enfance a baigné et plongé profondément ses racines. Un de mes arrières grands-pères était peintre et peintre en décors, mes grands-parents de part et d’autre, peintres et sculpteurs reconnus, ma mère, mon père, peintres et sculpteurs, diplômés de l’Ecole des Beaux-Arts de Bruxelles avec Grande Distinction. Je dois beaucoup aussi à mon beau-père, metteur en scène et comédien.

Mon éducation s’est faite en couleur. Ma mère travaillait aux ateliers de la Comédie Française, de l’Odéon, du Théâtre du Soleil, puis pour de nombreux Opéras de France. Durant l’année scolaire, le temps que je ne passais pas sur les bancs, je pouvais observer à ma guise œuvrer toute cette grande symphonie de compétence que représentait la réalisation d’un spectacle. Bien sûr, j’étais fascinée par les répétions des comédiens, les chanteurs, les danseurs et acrobates ; pour l’enfant que j’étais, c’était un monde féérique. Mais plus encore m’attirait le ballet éblouissant des ateliers de décors, ses trésors et merveilles.
Ah! il fallait voir peindre à la colle de peau chauffée sur des petits réchauds glougloutants, les toiles peintes immenses à même le sol, debout avec des pinceaux à très longs manches, il fallait voir œuvrer Rostislav Doboujinsky, alias ‘Tonton’ pour tout Paris, et Lila de Nobili

Voir aussi les grands costumiers, insuffler uniquement par la qualité de coupe, la majesté ou le ridicule, les couturières penchées avec un soin attentif sur des splendeurs aux milles dentelles, rubans, strass, nacre, fils d’or, d’argent, plumes et boutons scintillants.
Ou encor les équipes de constructeurs de décors, joyeuse bande vibrionnante de soudeurs et menuisiers, chacun à sa tâche, toujours avec ardeur, le temps étant compté. Les éclairagistes réglant les lumières en se hélant d’un bout à l’autre des cintres du théâtre.
Mais mon atelier préféré, le plus spectaculaire, c’était celui de ma mère, celui des accessoires, d’où sortait des casques et des armures les plus variés, des chapeaux à grandes plumes, un homme si ventripotent qu’il le porte dans une brouette, des soldats morts pouvant s’illuminer, un cheval avec de grandes roues arrières, des oiseaux volants, une copie d’écorché de la Renaissance, une copie du baldaquin de St Pierre de Rome, … et ainsi de suite.

En route jusqu’au Bac littéraire, Lettres Anciennes, j’allais toujours de-ci delà, dans les ateliers, ou les délicieuses boutiques spécialisées qui existaient encore à l’époque -cuir, tissus, métaux, outils. J’assistais, participais au film fleuve « Molière » de A. Mnouchkine, prenant aussi des cours du soir de dessin.

Comme je manifestais quelques aptitudes, après 2 ans aux Beaux-Arts de Cergy, j’ai été encouragée à m’inscrire en 1983 à l’Institut de Peinture Décorative Van Der Kelen, à Bruxelles. Cette école très réputée, dans laquelle enseignait Maitre Van Der Kelen, alors âgé de 73 ans, attirait des élèves du monde entier. Venaient là des enfants des métiers d’art à ceux de l’aristocratie, mais aussi des peintres professionnels ; l’enseignement y était très exigeant pour tous. La formation sur les différentes techniques de base du métier de Peintre en Décors était de 6 mois, mais elle était solide ; on y travaillait dur, les ‘traine-savates’ étaient mis dehors sans ménagement. Cependant, comme à l’origine, cette école avait été conçue pour former des peintres en bâtiment en exercice, n’y était enseignés, ni la gestion d’entreprise (les peintres étant salariés ou déjà à leur compte), ni la conception des décors (réservée aux décorateurs), tandis que l’Histoire de l’Art était à peine effleurée.
Quant à moi, j’avais 20 ans alors, j’étais la plus jeune femme, seul un jeune homme avait quelques mois de moins que moi. Mais j’étais motivée et pugnace ; j’en suis sortie Médaille d’Or.

Peintre en décors :

Le diplôme en poche, alors que l’objectif de la plupart était d’être salarié dans une entreprise, pour y exécuter les décors conçus par d’autres, pour ma part, j’ai préféré refuser ce genre de propositions, craignant d’y mourir d’ennui, par indépendance d’esprit. Pendant quelque temps, grâce à l’entregent de ma mère, j’ai travaillé pour des ateliers de théâtre, de cinéma ou de publicité, mais aussi à la SFP, (Télévision Française) et pour des musées. Les salaires y étaient généreux, mais les conditions pénibles ; c’est une vie en vase clos, où l’on abat la tâche nuit et jour, dans laquelle j’étouffais.

C’est pourquoi, j’ai préféré me spécialiser dans la Décoration Intérieure. Grace à Mme Dorothée Massard, puis Pierre François Battisti, pour qui j’ai quelquefois travaillé, toujours sur de beaux projets, j’ai rencontré une décoratrice, Mme C. Fenwick, avec qui a débuté une collaboration de 25 ans. De ce fait, très jeune, j’ai été confrontée à des commandes pour lesquelles je n’étais pas assez armée, et ai dû combler mes lacunes à marche forcée, tous azimuts.
J’ai appris à m’adapter aux commandes variées, à faire des recherches, des propositions appropriées, peindre des maquettes, des échantillons, organiser le travail de chantier, la gestion des tâches administratives et financières, la communication, et bien d’autres choses indispensables encore, qui concernent ce métier. Car les travailleurs indépendants sont des hommes orchestres, qui doivent être performants à tous les postes, sous peine de mettre la clef sous la porte. Pour pouvoir partager ces taches, mais aussi pour le soutien moral, j’ai toujours travaillé en tandem avec un (ou une) collaborateur-(trice) aux compétences complémentaires aux miennes.
Mais chacun selon son goût, d’aucuns préfèrent travailler seuls, d’autres en groupe.

A ce propos, je ne voudrais pas trop insister sur les difficultés, mais tout de même, s’il est métier qui a une image romantique correspondant si peu à la réalité, c’est bien le nôtre ! Parce que le décor peint orne l’existence et ravit le spectateur, on imagine facilement que l’exécution en est aisée, délassante, et tout aussi réjouissante…. Certes notre métier est gratifiant au possible et rarement ennuyeux, mais il demande autant de force d’âme que de patience, et si l’on travaille sur les chantiers, de ne craindre ni le froid, ni la poussière, ni le bruit, ni les contretemps, et encore moins le stress. Il faut être en bonne forme physique, santé de fer, moral d’acier, diplomate en toutes circonstances. En échange, c’est une vie exaltante vouée à l’Art, à la beauté, à l’élégance, pleine d’inattendu, de joies créatives et de rencontres humaines extraordinaires.

Sur moi, que dire ? Je n’ai pas beaucoup cherché à travailler hors de France, sauf en Suisse ou à Monaco, et mon parcours ne me semble pas éblouissant, mais jamais je n’ai manqué d’ouvrage.
Avec mon collaborateur, nous avons notre propre clientèle, dont un nombre certain de noms très prestigieux, ainsi que notre réseau d’entreprises partenaires, et répondons aux commandes exceptionnelles jusqu’aux plus modestes. Nous sommes intervenus dans nombre de châteaux classés, manoirs du 19e siècle, hôtels particuliers parisiens, ou appartements de grand standing, pour des créations, mais aussi des restaurations. Nous réalisons des décors peints sur les murs, plafonds, huisseries, colonnes, cheminées… mais aussi les mobiliers. Nous sommes souvent appelés à restaurer, ou à restituer, des décors peints anciens. Nous avons réalisé ou restauré des trompe-l’œils sur toile, puis les avons marouflées. Il nous est même arrivé de peindre sur des rideaux.

L’enseignement :

Tout en continuant à enchainer les chantiers, voilà qu’en sus, à 25 ans, c’est-à-dire trop jeune, et encore peu experte, m’a été donné l’opportunité d’enseigner, au début, dans un Centre de réinsertion professionnelle de chômeurs en difficulté. Me voilà révisant mes bases pour monter mon cours, et enseignant à des jeunes chômeurs ou sortis de prison, voire SOS femmes battues !
Malgré tout, mes cours ont eu immédiatement du succès, et de fil en aiguille, j’ai enseigné 25 ans durant, dans 7 ateliers ou écoles spécialisées différentes, (dont 10 ans à l’Ecole d’Avignon, du temps de M. S. Nourissier, 10 ans à l’Ecole d’Art Mural de Versailles) des imitations de bois, la fausse moulure, des grotesques et des trompe l’œil.
Enseigner est une riche expérience, qui pousse à synthétiser et organiser ses compétences, à faire des recherches approfondies afin d’établir les fiches techniques et historiques. J’ajoute que ce qu’on apprend de ses élèves est considérable.

Le Concours MOF :

Les écoles encouragent leurs enseignants à s’inscrire au concours MOF. Ainsi j’aurais dû le passer bien plus jeune, mais mon travail ne m’en laissait pas le loisir. J’enchainais les chantiers aux cours et les cours aux chantiers ; pendant 15 ans, j’ai vécu à côté de ma valise. Mais lorsque Pierre Lefumat, un maître respecté et aimé de tous, qui alors enseignait aussi à l’Ecole de Versailles, a remis le projet sur la table, je me suis enfin décidée à refuser quelques chantiers pour pouvoir rendre à mon métier ce qu’il m’a donné.

Et j’en suis convaincue, c’est grâce à la conjonction de toutes mes expériences acquises que j’ai pu me confronter avec succès aux exigences du concours MOF. Ce sont elles aussi qui, grâce à la confiance que m’avait accordé le président du jury, M. Luc Papavoine, m’ont permis de reprendre au pied levé, en tant que vice-présidente du jury responsable du jury Peintre en Décors, les modalités et le sujet du concours MOF, pour tenter de mieux les adapter aux contingences du métier actuel.

Aujourd’hui, je pense un peu plus à me ménager ; j’ai baissé un peu la voilure, cessé l’enseignement, ne me consacrant qu’à mes chantiers. Ce qui me laisse, du coup, du temps pour m’investir sérieusement dans le jury de concours MOF.

Puisque j’ai été appelée à participer à la refondation du concours, je tiens en effet, après avoir transmis mes connaissances à la génération future et participé à former des peintres de grande valeur, à encourager les peintres en décors à s’investir dans ce concours, afin de les soutenir dans leur parcours professionnel, mais aussi à promouvoir et pérenniser notre métier.

A tous ceux et celles qui sont tentés par ce métier, je recommande de visiter autant de musées, églises et châteaux que vous pourrez, pour y étudier la belle peinture, les décors de maîtres anciens, pour former votre œil et nourrir votre âme. Puissent-ils vous insuffler de grandes ambitions, mais aussi l’humilité.