VIDÉO : le métier de peintre en décor, par Joëlle Godefroid

VIDÉO : le métier de peintre en décor, par Joëlle Godefroid

Le métier de peintre en décors

J’ai été interviewée en vidéo par des jeunes gens curieux et généreux, qui se passionnent pour les parcours atypiques, et veulent partager pour le faire connaitre, leur rencontre avec le monde de l’art et des artisans.

Cela m’a donné l’occasion de rendre hommage aux hommes et femmes de valeur que j’ai rencontré au travers de mon métier :
la vidéo dure 10 minutes.

Même si ce métier de peintre en décor est mal connu du grand public, qui n’en a ni la culture, ni les moyens, nous pouvons néanmoins témoigner à travers notre expérience qu’il ne manque pas de commandes venant de clientèle aisée, pourvu que le peintre en décor fasse de la belle ouvrage et sache communiquer pour la vendre.

Ce sont souvent des amateurs cultivés, possédant de beaux appartements, de belles maisons, manoirs ou châteaux, et désirant les aménager pour y vivre et recevoir avec élégance, qui, en plus des corps de métiers du bâtiment, font appel aux métiers spécialisés, tels les tapissiers, doreurs, ébénistes, ou peintre en décor, pour magnifier leurs demeures.

Mais sont aussi très nombreuses de plus modestes commandes venant d’amoureux des trompe l’œil, meubles et objets peints, afin de se faire plaisir avec un décor qui élève l’âme et accompagne agréablement l’existence.

Car pour cet art comme pour tous les arts, la vue ou l’ouïe d’une œuvre de qualité ravit le cœur et met en joie ceux qui savent l’apprécier. C’est cela notre métier, un métier d’art dans ceux du bâtiment, et s’il requiert des compétences exceptionnelles, c’est un bienfait pour chacun; celui qui le reçoit comme celui qui le maitrise.

Conseil en décoration intérieure

Conseil en décoration intérieure

Conseil en décoration intérieure

Lors de nos interventions, en plus de réaliser des décors intérieurs, il m’est souvent demandé des conseils sur le choix des tons des peintures pour créer une harmonie entre les différents tons des pièces, des espaces de réception, jusqu’aux privés.

Comme je ne suis pas décorateur d’intérieur, je ne décide pas pour autrui. C’est plutôt un brain storming; répondant au désir et au goût de chacun, je propose des associations heureuses, j’aide à construire l’atmosphère, un design, surtout quant il est osé, comme dans cet appartement de style contemporain

  Nous avons effectué des rehauts argentés sur les moulures des murs du salon et
de l’entrée,
pour faire un lien entre le ton corail et le ton gris lin. 

 Sur le manteau de cheminée, rehauts argentés sur fond antracite,
mettant en valeur ses jolis ornements en ronde bosse.

PODCAST : interview sur le concours MOF

PODCAST : interview sur le concours MOF

comment je suis devenue un des Meilleur Ouvrier de France

Joëlle Godefroid, peintre en décors, a passé le concours de Meilleur ouvrier de France en 2010.
Une aventure hors norme qu’elle raconte dans le PODCAST de 25 mn
du  3e épisode de la série de podcast MOF .

Peintre en décor, Joëlle Godefroid a toujours baigné dans le milieu de la peinture et de l’art. Ses parents et ses grands-parents étaient eux-mêmes décorateurs et artistes, et très compétents en peinture. La professionnelle tente une première fois les épreuves qualificatives du concours à l’âge de 40 ans. Mais elle doit renoncer à le poursuivre en raison d’une surcharge de travail.

Dans l’œuvre présentée à cet examen, la peintre en décor a voulu rendre hommage au patrimoine français du 19e siècle qui, selon elle, n’est pas reconnu à sa juste valeur. Car, ce que fut la Renaissance Italienne pour la sculpture et la peinture, le 19e siècle, l’a été pour le patrimoine français, la décoration, et notamment, les peintres en décors.

Son maître et tuteur disparaît trois jours avant les épreuves : Joëlle, alors décide de réussir ce concours d’excellence en sa mémoire, sans aide, et donc sans tuteur. Mais avec une confiance quasiment inébranlable… Elle veut rendre à ce métier ce qu’il lui a donné et montrer à son entourage qui la pousse beaucoup qu’elle sera à la hauteur de leurs espérances. Outre la maîtrise des techniques, tels que faux bois, faux marbre, vernis, trompe l’œil, Il faut de la culture pour exercer ce métier et tenter le concours car le projet artistique compte beaucoup. Cette professionnelle qui témoigne pour le 3e épisode de la série MOF dit avoir vécu une période très heureuse, en réalisant son œuvre dans son atelier, malgré la pression, les difficultés et les doutes…

TROMPE L’OEIL : décor d’après une grotesque du XVIIIe siècle

TROMPE L’OEIL : décor d’après une grotesque du XVIIIe siècle

Ornement peint en trompe l’eil

Réalisation inspirée d’une grotesque du XVIIIe siècle aux couleurs douces à l’italienne,
avec animaux fantastiques, vasque, végétaux fleuris, rubans et pendentifs

 Les Grotesques

  L’écriture des grotesques

            Dans le Proemio qui introduit aux trois arts du dessin, et qui précède le récit des « vies », Vasari consacre, dans la partie qui traite de la peinture, deux chapitres aux grotesques : le chapitre XII, sur les « graffitis » utilisés pour la décoration des façades (telle celle du palazzo dei Cavalieri, à Pise, peinte par Vasari lui-même en 1562) et sur le procédé utilisé pour faire des grotesques à fresque (come si lavorino le grottesche nelle mura) ; et le chapitre suivant, consacré aux grotesques en stuc, c’est-à-dire ciselés en léger relief. Ces deux chapitres font suite au chapitre XI, consacré aux arcs de triomphe dressés lors des fêtes publiques, entrées princières ou mariages royaux, et sont eux-mêmes suivis par un court chapitre consacré aux techniques de la dorure et à ses ornementations.

Les grotesques, qui ont pour vocation d’agrémenter le cadre de l’œuvre, plutôt que de constituer une œuvre à part entière, sont donc eux-mêmes encadrés par un art de l’éphémère, celui du décor de la fête, et par les techniques de dorure héritées des anciens enlumineurs, aujourd’hui surtout employées, précise Vasari, « pour le décor des selles, les arabesques et certains ornements » (I, 186).

Ainsi est-on enclin à considérer, comme le suggère cet encadrement, l’art des grotesques comme un art mineur, tel le trompe l’œil d’un décor de bois ou de plâtre qui donne l’illusion d’être de marbre ou de bronze (les architectures de théâtre qui embellissent provisoirement la ville pour la venue des princes) ou telles les décorations dorées à la feuille, œuvres selon Vasari de l’orfèvre, simple artisan, plutôt que de l’artiste peintre. Art de l’accessoire et du bas-côté, les grotesques s’apparentent à l’illusion de la fête, sorte de parenthèse enchantée dans le calendrier des travaux et des jours, ou à la technique de la dorure dont l’un des usages qui intéresse le plus directement les peintres consiste précisément à embellir le cadre ouvragé du tableau. Pourtant, loin de manifester du mépris pour l’art des grotesques, Vasari le considère au contraire comme un exercice de style qui permet d’éprouver le génie de l’uomo virtuoso : « Ces compositions demandent de la hardiesse, une forte définition graphique et un beau style enlevé (forzà, vivacità e bella maniera). Leur expression vigoureuse doit révéler l’art sans sentir l’effort »

 

Maurice Chevalier chante PEINTRE en BATIMENT

Maurice Chevalier chante PEINTRE en BATIMENT

Maurice Chevalier chante « Peintre en bâtiment »

De l’album enregistré en 1952 : « Maurice Chevalier Chante ses Derniers Succès »

Paroles de Maurice Chevalier et Maurice Vandair – Musique de Fred Freed

(Documents de Jean Jacques Chevrier, ex-membre du jury MOF)

En effet, le père de Maurice Chevalier était peintre en bâtiment. Il a lui-même exercé ce métier un temps, dans sa jeunesse.
Un petit souvenir joyeux pour se détendre un peu.

(…) Comm’ on aime la musique
On connait sûrement les succès du moment
Et l’on peint, c’еst magnifique
En deux temps, trois tеmps
Tout en variant le mouv’ment
Vlan !
On a l’cœur content
On badigeonne en sifflotant,
Peintre en bâtiment !

Tout comm’ un grand violoniste
Pour qui l’archet est le plus bel outil
Nous vénérons en artiste
Notre joli pinceau d’un amour tout attendri
Oui, il faut le soigner, bien se méfier
Ne pas le laisser s’abîmer ni trop s’user
Sinon il n’peut plus travailler
Il est fatigué
C’est pour ça que j’peux répéter sans me lasser…

TROMPE L’OEIL inspiré de grotesques imprimées fin XVIIIe siècle

TROMPE L’OEIL inspiré de grotesques imprimées fin XVIIIe siècle

Décors inspirés de la touche des papiers peints

 Décors néoclassiques : une ornementation de ‘grotesque’ ou ‘arabesque’ inspiré de papiers peints de style néoclassique post révolution, composition à cheval les décors du début du XVIIIe siècle et ceux ‘à l’Antique’, au repertoire iconographique de la nature et de l’amour.

L’autre est de style Directoire, respectant les règles classiques des Grotesques ‘à l’Antique’.
Voir ci-dessous.

 Les Grotesques
             D’après « Les papiers peints en arabesques de la fin du 18e siècle »

DESCRIPTION

Compositions décoratives exitant depuis l’antiquité, les grotesques rassemblent, sur un axe vertical, en regard l’une de l’autre, des formes animales, végétales et hybrides articulées entre elles par des mouvements gracieux de figures sans perspective. Les motifs de médaillons et rinceaux, figures hybrides mi-végétales, mi-animales, alternent en un jeu graphique et capricieux, rythmés habilement de pleins et de vides. Le décor joue sur les contrastes, de tons foncés sur fond clair (ton pierre, jaune de naples, bleu pâle, vert pâle), ou inversement (rouge cinabre).

Il en existe sans interruption dans la pratique décorative depuis qu’elles ont été redécouvertes à Rome à la Renaissance, sur tout support et dans toutes les techniques possibles :

  •  Fond en bois (lambris) décor à l’huile ou à la colle
  • Tapisserie – fin XVIIème siècle
  • Fond enduit décor à fresque, à sec, en détrempe à la chaux ou organiques
  • Fond en toile et décor à l’huile
  • Papiers peints

La grotesque, pur produit de l’imagination et de la fantaisie, est donc l’antithèse des lois fondamentales esthétiques de la renaissance. L’ironie est que sa redécouverte ait lieu au tout début du XVI° s. Dès lors, de copies en variations, immense fut son succès.

HISTOIRE

La grotesque prend racine à Alexandrie, ville nourrie d’apports orientaux. Dans leurs riches villas, les Romains en firent de magnifiques décors, redécouverts lors de fouilles, à la fin du 15e siècle. La très fameuse « Domus Auréa » de Néron fut une mine d’or pour les peintres d’alors, tels Raphaël, Guirlandaïo, Philipino Lippi, Pinturichio.

Dès lors, les grotesques sont peintes sur les pilastres, puis sur les voûtes, enfin les murs, des palais et églises.

1616-20 : Loge du Vatican, par l’atelier de Raphaël (Giovanni d’Udine), qui fût admirée  par Vasari lui-même.

Leur formulation assagie et stricte devient bien vite normative et fut largement diffusée dans toute l’Europe, grâce à l’imprimerie. Les graveurs du Nord vont multiplier les variations et surenchères, tantôt dans le monumental, tantôt dans le fantasque et « drôleries » inspirées des peintures médiévales.

Au 17e siècle, à l’époque du baroque, l’engouement est principalement pour le somptueux ;  les  motifs sont généreux et lourds, laissant apparaître peu de vides, les couleurs éclatantes, et beaucoup d’or. Berain (1637-1711), Atelier de Le brun (galerie d’Apollon au Louvre, Vaux le Vicomte, Versailles).

On utilise désormais le terme Arabesque ou « Rabesque » (lorsqu’on redécouvre sa parenté orientale).

Au 18e siècle, le style rococo allège les formes ; la scène principale s’affirme, pastorale de couleurs naturelles. Le goût est aussi aux singeries et chinoiseries, entourées de formes rocailles détruisant la symétrie. Claude Gillot (1673-1722), Claude III Audran (1658-11734), A Watteau (1684-1721), C. Huet (Château de Chantilly, Hôtel de Rohan) créent un style français.

Puis, vers 1750, naît sous Louis XVI, le style Néoclassique; M. de Vandières, futur directeur des bâtiments du Roi, s’étant formé à Rome, et grâce à la parution des publications soignées des croquis d’Adam, de Clérisseau, de Pâris, sur les ruines antiques, ainsi que les fouilles d’Herculanum. L’arabesque, au faîte de sa popularité, et atteignant alors un heureux équilibre entre la raison  (valeurs philosophiques antiques) et les sens (sensualité de la vie), décore jusqu’aux soies de Lyon et surtout, le papier peint, ainsi que les objets luxueux : porcelaines de sèvres, émaux des tabatières, meubles peints bronzes ou marqueteries de mobilier, etc.

Sous le Directoire et l’Empire, l’arabesque reste en faveur tout le long du néo-classicisme ; en 1801, puis en 1812, Percier et Fontaine, publient un recueil de leurs ornements. La composition devient monumentale, mais perd en charme et fantaisie.

Sous la restauration, les formes s’alourdissent (décor du « grand Véfour », fameuse brasserie du palais royal), et sont d’une grandiloquence en totale rupture non seulement avec les réalisations des générations précédentes mais aussi avec les modèle antiques et de la renaissance.

Dans la seconde moitié du siècle seront publiées d’innombrables modèles de tous les styles, telle la  très connue « Grammar of Ornement » d’Owen Jones (1856). Les modes du néo-médiéval, gothique, se mêlant à celles de la renaissance (style appelé « Henri II »), Louis XVI (fascination de l’impératrice Eugénie pour Marie Antoinette),etc., vont multiplier l’usage de l’arabesque, dans les lieux publics même (théâtres, musées), mais aussi sur les meubles peints.

Cette mode se maintient jusqu’à la première guerre mondiale, sinon après.

Les thèmes

  • Sous l’influence de la comédie satirique italienne, représentation burlesque parodiant les actions de la vie humaine. Mais aussi, la folie, le songe, apparitions étranges, impressions fugaces : d’où, le sommeil (décor de lit du château de Vaux le Vicomte), l’ivresse (un des thème privilégié est la chèvre bacchanale, les bacchantes), la fête en général (branchage coupés des processions).
  • Par extension, les changements d’état, les transformations, hommes-animaux, signes zodiacaux (signifiant les différents caractères) : les bizarreries, drôleries ou monstres largement présents dans les manuscrits de l’Europe du Nord du 14eme siècle.
  • Rinceaux habités, longues tiges d’acanthe ou de vigne à l’enroulement infini où fourmille toute une faune à échelle variable.
  • L’amour, heureux ou malheureux, auquel Watteau fait sans cesse référence ; «la cause badine », «le berger content », «l’heureux moment », «l’enjôleur », «le faune », ou plus coquin, «la balançoire ». 

Les Lois

Deux lois fondamentales clairement définies par André Chastel, nous permettent de toujours les reconnaître :

  • la négation de l’espace : il s’agit d’un monde sans poids, sans épaisseur articulé selon un mélange de rigueur et d’inconsistance, une architecture de la suspension et du vertige.
  • le démon du rire; fondé sur le jeu et la combinaison de formes hybrides mi-végétales, mi-animales ou mi-humaines qui surgissent dans un foisonnement vivant.